Il aura fallu attendre près de 5 années pour que le protéiforme producteur et MC sous-estimé madlib, en tant que Quasimoto, nous livre une suite à son Unseen, petite claque remplie d’helium de 1999 et première pierre de l’édifice Stonethrows, la maison de disques de spécialistes amoureux de la musique spécialiste (parfois spéciale).
Remettons-nous dans le contexte : lord Quas est un « Bad Character ». Il fume beaucoup, mange des champignons et reste un coureur de jupons invétéré aux multiples rebondissements de vie. La futilité (toute relative) du texte et des histoires qu’il nous raconte exprime bien plus le coté kiff de la culture Hip-hop que son côté revendicatif et ça fait du bien d’écouter de temps en temps de la musique sans prétention de fond. Madlib arrive finalement a perpétuer la « re-création » musicale, chère à la culture hip-hop et arrive a pondre un beau patchwork musical constitué d’influences diverses, en faisant honneur aux grand beatmakers historique qui ont exploités le cut and paste jusqu’à ses imites avant de s’orienter vers le sampling. Il crée et recrée à l’instar des grands jazzman de l’avant-garde et delaisse Goraguer et sa planéte interdite au profit d’un Melvin Van peebles ou d’un Sun Ra qu’il débite à grand coup de sampler en prenant bien soin de ne pas toucher aux racines. On voit donc bien la caractéristique principale de cet album, le jazz funko-psychedelique des 70’s du premier est remplacé par celui de l’avant garde, en conservant évidemment les références récurrentes à ceux qui ont fait le rap et va même jusqu’à faire un hymne aux gros postérieurs en reprenant les Showbiz and AG de runaway slaves et leur classique « fatbacks ». Madlib aime son Hip-hop et il le clame haut et fort dans sa musique.
Il faut le dire, contrairement à certains autres side-project de Madlib, un album de Quasimoto n’est jamais vraiment facile à écouter, que ce soit du fait de la voix exagérément vocodée ou de la structure du disque et de chaque petits microcosmes musicaux autarciques dont les seuls liens évidents restent leur présence sur une même galette et la voix du principal MC. Bref Quasimoto n’est pas un artiste radiophonique, et reste difficile à conseiller. Malgré tout ça, le travail réalisé sur les deux albums permettant d’instaurer cette étrange ambiance lo-fi enfumée à la cheap weed, reste quand même quelque chose d’impressionnant et mérite l’écoute voire l’étude pour ceux que ça intéresse. Une fois rentré dans le monde balloneux de lord Quas et s’être approprié sa façon d’écouter et de faire de la musique, on se retrouve avec dans les mains (pour ceux qui l’ont acheté ou gravé) et les oreilles l’une des pièces les plus « kiffantes » de sa collection de disques. Le plaisir simple d’un petit voyage musical, absurde, simple mais loin d’être simpliste.
Et c’est là où le bât blesse. Ces nouvelles aventures de Monsieur Quasimoto laissent un petit goût de trop achevé et provoquent au final, moins de plaisir à l’écoute que le premier opus en orientant plus auditeur vers une étude du talent d’un producteur qui arrive à maintenir un univers onirique, original, mais similaire dans la plupart de ces projets, quel que soit le nom derrière lequel il se sera caché. Mais la tête après avoir étudié aime à bouger et pour cela rien ne vaut un bon Unseen de 1999… Comme l’a très bien dit Stephen Busley de Dusted Magazine, Madlib a une personnalité musicale forte mais ineffaçable, au son marqué comme l’est celui des aboiements gutturaux d’un Tom Waits ou de la guitare hachoir d’un Steve Albini. C’est indéniable. Mais l’on aurait aimé un peu plus s’amuser à l’écoute de ces nouvelles aventures Madlibiennes plutôt que s’émerveiller de ses capacités musicales.
Malgré tout ça : Madlib conserve son talent et surtout son feeling, il sonne vintage, mais ne sonnera jamais vieux et l’on peut comprendre qu’il rêve de la beauté, que peuvent insuffler des poumons au souffle d’un John Coltrane (Jazz pt.2), et finalement on aime ce qu’il aime, vivement la suite !
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