“In My Element”, entre mon sampler et mes vieux disques dirait un producteur hip hop, entre ma guitare et un truc étrange dans ma tête dirait Thom Yorke, entre chien et loup dirait la brebis.... Entre mon piano et ceux qui m’entourent, entre mon piano et ce qui fait ce que je suis dirait Robert Glasper.
In My Element est le troisième album de Robert Glasper, jeune pianiste de 28 ans originaire du Texas, et de son trio (Vince Archer à la basse et Damion Reid à la batterie). Publié chez Blue Note, il s’inscrit dans la lignée des étoiles montantes d’un certain Jazz US, parmi lesquelles on retrouve Brad Mehldau ou encore The Bad Plus, chez qui compositions originales côtoient reprises de standards pop. Robert Glasper rajoute à cela ses influences hip hop. Il avoue d’ailleurs être un grand fan de A Tribe Called Quest, est accessoirement le directeur artististique de Mos Def, a joué avec Q-Tip, the Roots et dédie un morceau de l’album à J-Dilla... Rien que ça...
Pourtant il n’est pas un pianiste qui fait du hip hop dans un trio jazz, mais plutôt un artiste qui va appliquer une subtile texture hip hop à la “tradition esthétique” du trio jazz, par la combinaison de thèmes musicaux courts et très libres, ou chaque break fait basculer le morceau vers d’autres horizons, abstraits et suggérés. Il suffit simplement pour s’en convaincre d’écouter FTB et JDillalude. Beats métalliques, samples transfigurés. Impressionnant impressionniste, cubiste musical.
De tous les morceaux de l’album, seuls deux ne sont pas de Glasper, Beatrice de Sam River et l’inusable Maiden Voyage d’Herbie Hancock, qui se fond dans Everything in it’s right place de Radiohead (ou est-ce l’inverse ?). Là aussi, la reprise sert de prétexte à un millefeuille musical où les mélodies disparaissent parfois pour être mieux suggérées, et ce avec une élégance rare. Chez Glasper, moins peut signifie beaucoup plus.
Silly Rabbit apparaît comme un cruel conte pour grand enfant, jouant sur les changements de rythmes tenant en haleine jusqu’au deux dernières minutes, grand éclat de rire, badaboum, bienvenue chez Alice au pays des merveilles !
On revient à un jazz plus classique, piano continûment joué à deux mains, batterie agile et basse nonchalante avec One For ‘Grew, superbe pièce lumineuse, propice à un battement de pied terriblement...jazz.
Le disque s’achève sur Tribute, ou l’on entend l’oraison funèbre prononcé lors du décès de la mère de Robert Glasper, et dont la conclusion est : “...what matters is not that she was born, or she died, but the count of the dash she lived....“ ce qui importe n’est pas sa naissance ou sa mort, mais l’ensemble des éléments qui on fait sa vie...
In my element....
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