L’exposition temporaire du Tate Modern Gallery propose en ce moment une rétrospective de quarante ans sur l’œuvre de Gilbert & George. J’ai profité de mon week-end à Londres fin Mars, pour aller y jeter un coup d’œil.
Qui sont Gilbert et George ? Gilbert & George se sont rencontrés à l’école centrale d’Art de Saint Martin à Londres et sont aujourd’hui inséparables dans la vie comme au travail. D’abord sculpteurs, ils ont commencé à faire parler d’eux à la fin des années 60 en mêlant l’évènementiel ou représentation à la sculpture : « les sculptures mouvantes ». La particularité de Gilbert & George est qu’ils se sont presque toujours représentés physiquement dans leur œuvre, afin de donner une symbolique humaine à leur conviction. Œuvrant pour l’art pour tous, « Art for All », leur objectif a toujours été de choquer, dénoncer, bref interpeller sans se contenter de faire seulement de l’art contemporain. Il se sont engagés sur des sujets tels que la pauvreté, les inégalités sociales, le racisme, l’homosexualité, le sida, la religion et dernièrement sur la guerre en Irak (cf. la photo ci-dessous). En résumé, trois thèmes récurrents : La tête, l’âme et le sexe.
Je remercie le Tate pour m’avoir projeté, le temps d’un après-midi, dans leur ascension artistique. Leur travail mêle sculpture, dessin, peinture et photographie, il y à boire et à manger de quoi satisfaire tout le monde. Leurs œuvres sont gigantesques, pour la plus part, à vous donner le tournis. Détournant des symboles religieux, à la recherche de leur propre langage visuel, ils se posent en prophètes ou en démons sans être des donneurs de morales. D’ailleurs, une photo les représentant nus en position d’Adam et Ève m’a fait sourire.
L’exposition du Tate est la bible ouverte de Gilbert et George. Les premières salles nous présentent la genèse artistique, on voit tout de suite que l’autoportrait (en photo, en peinture ou en vidéo) sera leur marque de fabrique. Les premières fresques photographiques apparaissent vers le milieux des années 70. Le noir et blanc est de rigueur. Elles sont toutes constituées suivants le même schémas. Chaque œuvre est une association de cadres rectangulaires dans lesquels on retrouve des photos reprenant le même fonctionnement que les vitraux des églises. Ils vont suivre et faire évoluer cette technique jusqu’à aujourd’hui. Dans cette période, j’ai eu l’impression que Gilbert & George se cherchaient un peu. On regarde des photos ou ils sont statiques, ne faisant pas grand-chose, regardant le temps qui passe. Les paysages sont plutôt calme dignes des feuilles mortes de Prévert (peut être un hommage). En voyant la suite, je pense que c’est leur implication sociale qui a fait décoller leur inspiration et fait évoluer leur technique.
La couleur apparait dans leur représentation à la fin des années soixante-dix principalement le rouge sang (la colère) et le vert pomme (la haine), donnant un aspect « punk » à leur représentation. La série « Dirty Words Pictures », qui m’a beaucoup plu, dénonce la période de récession économique et sociale du au Thatchérisme. C’est le début de l’affirmation de leur engagement sociale et politique. A partir de cette période, leurs représentations deviennent plus agressive. Avec le démarrage des années 80, Gilbert et George trouve dans la jeunesse londonienne, leurs apôtres qu’ils font figurés sur leurs tableaux photographiques. Les couleurs évoluent aussi, le jaune, le rose et le bleu font leur apparition. Leur technique photographique évoluant, leurs œuvres prennent des tailles gigantesques et sont souvent déroutantes quand ils abordent les sujets du racisme et de l’homosexualité.
Autant leur œuvre de la fin des années 70 au début des années 80, représentent leur pensée Anti-Thatcher autant les années 80 et 90 mettent l’accent sur leur homosexualité assumée, sur la prostitution, la pauvreté et bien sur le SIDA. Après « Art for All », on pourrait parler de « Sex For All ». Gilbert & George montrent et assument leur homosexualité. Ils souhaitent afficher leur conviction avec leur langage et nous souffler : « Regardez nous, regardez les, regardez vous, nous ne sommes pas si affreux, si différents ». A l’opposé de leurs photos souvent chocs, il semble que Gilbert & George soient remplis de respect et d’admiration pour l’espèce humaine en ce qu’elle a de bien et de mal. Ils semblent s’inscrire dans l’échange et le rassemblement des improbables, des oubliés ou des rejetés. Gilbert & George seraient-ils les Abbés Pierre britanniques de l’art contemporain ?
L’exposition s’étire jusqu’au début des années 2000. Ces dernières années, l’utilisation de l’ordinateur leur a donné un second souffle améliorant leur rendement artistique. La série anti-Bush/Blair sur l’entré en guerre en Irak est impressionnante de vérité et démontre leur capacité à s’adapter et à évoluer.
L’exposition Gilbert & George du Tate est époustouflante, un feu d’artifice (le bouquet final est grandiose), une ode à la vie, et certainement la meilleure exposition d’art contemporain que j’ai jamais vu. J’ai passé presque 3 heures à contempler leur œuvre et j’espère pouvoir bientôt les revoir à Paris ou ailleurs. Le second degrés est de rigueur pour aller voir l’exposition car So British et So Chocking. God saves the Queen, Gilbert & George may save the rest of all ?
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