L'art de capter des sons

Shils a rencontré DJ Vadim à l’occasion de la sortie de son nouvel album, The Soundcatcher. S’il devait ressortir quelque chose de cette entrevue, c’est que DJ Vadim aime la musique, et Shils aime les gens qui aiment la musique

Shils : La première chose que l'on remarque sur le nouvel album de DJ Vadim c'est le fait qu'il soit sur BBE Records. BBE est connu pour laisser libre champ à des producteurs plus ou moins connus dans des domaines musicaux moins "personnel". Quelle est ta vision de ce label?
Vadim : Pour moi BBE est aujourd'hui la "crème de la crème" des labels indépendants. Je ne vois pas d’autre label qui sorte et qui soit aussi impliqué dans de la musique d'aussi bonne qualité. Ils ont vraiment beaucoup de chance avec David Roddigan en reggae, Keb Darge, Jay Dilla, Pete Rock, Jazzy Jeff ou DJ Premier. Ils ont parmi les meilleurs DJs et producteur actuels. Quand ils m'ont proposé de travailler sur un projet je n'ai pas hésité une seule seconde. BBE est pour moi le meilleur label et représente ce qui se fait de mieux actuellement. D'un point de vue de la liberté d'expression proposée par BBE, je peux effectivement dire que le processus créatif est plus "libre" que sur d'autres labels.

Oui c'est ce que l'on ressent: un album de producteur qui se fait plaisir à faire de la musique.
That's right! C'est vrai...

C'est peut-être ce qui donne une impression d'évolution entre la série des USSR et tes derniers projets Soundcatcher ou OneSelf par exemple.
En tant que producteur il est extrêmement important que mon son se développe, évolue sans cesse. C'est ce que j'essaie de faire avec des projets comme OneSelf ou The Soundcatcher. La liberté d'action offerte par BBE m'a effectivement aidé en ce sens et cet album et le prochain OneSelf sont les projets dont je suis le plus fier à ce jour. Je suis très critique vis-à-vis de mon propre travail, et dans ce que j'ai fait avant il y a des choses que j'aime et que je n'aime pas. Il est important que ma musique évolue, comme moi.

Cet album est moins Abstract et on découvre une grosse influence reggae déjà amorcée avec OneSelf. Est-ce que ça fait partie de l'évolution dont tu parles ?
Aujourd'hui en 2007 j'écoute la musique qui m'inspire et ma sphère musicale est plus grosse qu'en 95. Et si tu m'avais demandé quelles étaient mes influences à cette époque elles auraient été complètement différentes de celle de maintenant. En 1995 je n'écoutais pas de musique indienne, orientale ou brésilienne et j'apprécie vraiment le folklore de ces sonorités. Je continue évidemment d'apprécier le Jazz, la Funk et la Soul mais désormais j'aime aussi d'autres choses. J'ai toujours eu une passion pour le reggae, et ce depuis que j'écoute de la musique. Peut-être que l'on le perçoit mieux maintenant mais il a toujours été présent dans ma musique.

Comparé aux disques précèdent, cet album comporte beaucoup de featurings de tout horizons, comment s'est fait la connexion avec ses artistes?
Tout vient du titre: Soundcatcher. Je capte des sons, des ambiances, des vibrations. C'est d'avantage en tant que collectionneur de disque, ce n'est pas un disque de chercheur de breaks rare dans la cave comme je l'ai eu fait. C'est l'album d'un pécheur tournant autour du monde avec sa canne à pèche, un pécheur qui n'attrape pas de poissons mais des sons, des vibrations ou des rythmes et par extension des artistes. C'est un voyage musical et j'y ai intégré les personnes que j'avais rencontrées pendant des concerts ou mes pérégrinations.

Peux-tu définir ce nouvelle album comme un album plus de composition que de production?
Il y a un skit à la fin de “Kill Kill Kill”. C'est du spoken word et ça dis que chacun entend des choses différentes dans la musique: la mélodie, un solo de guitare, le texte, le fait que ce soit un son de 93 ou que le chanteur vient de Brooklyn... Chacun cherche de choses différentes dans la musique. Mais tout ça est inutile s’il n'y a pas de chanson. Dans quelques années tout le monde se fichera de savoir si ces phases de Jay Z ou Booba étaient biens ou pas mais plutôt est-ce que la chanson était bonne? Qu'importe si c'était quelque chose de commercial ou pas. Ce qui importera c'est de savoir si le morceau était bon et si cela pourra être considéré comme un classique. Ce n'est pas juste le fait de faire un beat. Tout le monde peut faire un beat, tout le monde peut faire un bon beat, mais c'est autre chose que de faire une chanson.

Quelle est ta vision de la musique française en général et du hiphop plus particulièrement?
Partout autour du monde on me demande si je connais la musique du pays? Ce que j'en pense etc… Je connais certains groupes de rap français, certains sont très bons, mais je ne suis pas un spécialiste du Rap français. Chaque seconde quelque chose sort quelque part et il m'est impossible de tout écouter même si la France est le second marché Hiphop au monde. J'apprécie les vieux groupes comme NTM les nouveaux groupe de rap Français plus live comme Hocus Pocus ou des producteurs comme Astronaute d'Orléans... Pour moi la langue française est une langue qui est très bien pour le Emceeing, très expressive, j'adore le flow et la voix, mais je ne parle pas français.

C'est pareil pour nous français qui écoutons du rap américain. C'est peut-être ça le principe de son, qu'importe ce qui est dis, c'est la mélodie qui prédomine.
Oui et non, le rap est une musique à message et j'aime le rap conscient mais parfois je pense que le rap n'est pas obligé de dire quelque chose ou de révolutionner le monde à chaque chanson. C'est pourquoi je parle de flow et de voix, si le tout va ensemble mélodieusement. On peut effectivement faire une chanson consciente qui fait danser.

Dernière question: deux titres instrumentaux portent un nom de ville, as-tu fais ces sons dans ces villes? Tu peux utiliser un joker.
Non non, c’est une bonne question. J'ai commencé le titre Milwaukee à Milwaukee mais je l'ai fini plus tard et ailleurs. J'ai voulu que ces titres sonnent comme mes ressentis envers ces villes. D'exprimer la personnalité de la ville. Comme Manchester qui est une ville très Low Class et dont la rivalité avec la plus riche Londres a toujours été très forte, comme entre Marseille et Paris par exemple. Mais ce caractère prolétaire de la ville ne l'empêche pas d'être très créative et d'être le berceau de belles choses.


Propos recueillis par Stéphane et François

 posté par Stéphane le 20/04/2007

The Soundcatcher - Interview DJ Vadim DJ Vadim USA/2007-BBE Records
1. Intro
2. Feat Feats feat. Emo and Syrus
3. Talk To Me feat. Sena
4. They Say feat. Diane
5. Soundcatchers feat. Abstract Rude
6. Manchester
7. Kill Kill Kill feat. Big Red and Katherin DeBoer
8. Milwaukee
9. Like The Wind feat. Deuce Eclipse
10. Black Is The Night feat. Katherin DeBoer
11. Got To Rock feat. Zion I
12. Theme To Big Willy Dee
13. Ballistic Affairs feat. Skinny Man and Sena
14. Sufferin' Blues feat. Jill Green
15. Bath In Bleach
16. SD4
17. Watch That Sound feat. Emo

liens Site Officiel BBE Records