Né de l’improbable rencontre entre un comédien d’origine américaine et un home studiste/arrangeur, AaRON fait partie de ces surprises popeuses qui se font malheureusement trop rare dans notre hexagone et sa périphérie proche.
A l’instar d’un Ghinzu dont le rock mélancolique nous aura scotchés au sol après un violent décollage il y a quelques années, AaRON explore avec grand talent les contrées tortueuses de la pop mélancolique et intimiste teintée d’électro.
Très bien écrit et très bien chanté dans la langue de Shakespeare (s’il vous plait), la musique des deux acolytes parisiens nous entraine insidieusement dans un univers qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain Chris Martin (toute proportion gardée). Le piano omniprésent d’Olivier Coursier sert la voix rocailleuse de Simon Buret plongée dans des arrangements à la finesse d’une impressionnante justesse. La musique et le texte cohabitent en harmonie tout au long de l’album et l’on aime à entendre détruire cette symbiose pour mieux la voir se reconstruire (Endless Song).
AaRON prend un tout autre volume sur scène et s’éloigne de l’intimisme de certains titres pour tendre vers une musique plus brute, plus spontanée… plus rock. En formation étendue d’une très jolie violoncelliste (Maéva) et d’un jeu de lumière à couper le souffle, l’univers musical dense du groupe enveloppe un public conquis d’avance par le single phare de l’album (U-Turn (lili) bande originale du film "Je vais bien ne t’en fais pas"). Le tout exprime une énergie contenue, un peu bridée par l’absence d’une vraie batterie. Entamé par le très beau (seul) titre en français de l’album (Le tunnel d’or) et maintenu dans sa lancée par toute la flopée de morceaux de l’album qui envole les oreilles avides de mélancolie, le concert emporte. La danse frénétique et tournoyante de Simon Buret fait tourner les têtes et fait pleuvoir le plaisir.
Les quelques phrases emplies d’émotion diffusées entre les morceaux leur permettent de repositionner certains titres dans leur contexte ou d’en justifier d’autres. Et la maladroite justification de la merveilleuse reprise du poème d'Abel Meeropool : Strange Fruit, confirme l’humanisme du groupe. Cette chanson courageusement chanté par Billie Holliday en 1939, conte les lynchages subis par les noirs lors de la ségrégation raciale américaine du début du 20éme siècle. Elle a été interprétée avec un immense talent par Nina Simone, et l’interprétation magistrale de Simon Buret n’aura absolument pas fait pâle figure face à cette performance. Impressionnant !
Le tout sera agrémenté d’une audacieuse reprise de Björk, d’une version unplugged de Mister K et de quelques (très bons) titres hors album.
Les artistes sentent le vrai et sont sincères. L’alchimie entre les deux personnages est tangible autant sur scène que sur disque et l’ensemble forme un tout à la fois cohérent et ambivalent. L’étonnement du succès que leur musique suscite, nous touche autant qu’eux et la terrible maladresse emplie d’émotion dont il font preuve est touchante. Comme leur musique…
Merci à Lara.
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