Monsieur Gainsbourg re-visite notre époque.

Après avoir été visitée et usée jusqu’à la corde par l’homme à la tête de chou (visitées maintes et maintes fois, de maintes et maintes manières, mais toujours avec amour, selon ses dires); Jane Birkin décide d’initier indirectement et avec beaucoup de pudeur et de discrétion une re-visite de ce dernier et de continuer à user jusqu’à la corde, la notoriété (relative) que ce dernier lui a assénée, certaines fois avec violence. Une énième compilation de reprises mais cette fois dans la langue maternelle de la nation qui aura le plus boudé le Gainsborough même dans ses beaux jours. Une langue qui peut agacer ou séduire et qui finalement se comporte avec ce disque comme un exhausteur de goût, et lui apporte même un goût… anisé.

L’idée est bonne mais certainement pas facile à mettre en branle. L’impressionnant travail de réinterprétation du parolier-romancier Boris Bergman, permet à la fois aux anglo-saxons d’avoir une nouvelle opportunité de découvrir les mélodies sans concession d’un de ces grands créateurs ratés typiques de la deuxième moitié de ce beau 20ème siècle et apporte à ceux qui le re-découvrent souvent, une relecture des textes désabusés du dandy français par excellence. Un disque qui aborde une réinterprétation de son implacable musique et une mise en abîme de sa modernité déchue et décadente.

Moderne, il l’était et très étrangement, la liste d’invités, (pas si convenue que ça, à part une ex-mannequin ayant découvert la guitare et Téléphone, il y a quelques années, mais ça c’est personnel et gratuit) l’est également.

Je ne vais pas m’épancher sur tel ou tel morceau, puisqu’ils parleront d’eux-mêmes à ceux qui voudront les écouter, les autres n’auront qu’à changer de route et de disque (Et oui Booba n’a pas initié la liberté d’apprécier la musique). Mais histoire de faire partager les petits pincements au cœur et autres sensations corporelles que m’aura procuré, son écoute je vais juste lister quelques banalités de notre époque:

1. Franz Ferdinand est malgré tout un très bon groupe de rock pas si « commercial » que ça.

2. Cat Power est certainement l’une des voix les plus sensuelles de ces dernières années après Jennifer Charles.

3. Jarvis Cocker devrait changer de lunettes et devrait faire plus de morceaux avec Kid Loco.

4. Le nébuleux dernier enregistrement depuis 3 ans des initiateurs de la vague trip hop des années 90 est bon (et c’est tout).

5. Brian Molko est meilleur en blind test chez Ardisson et en reprise qu’en album personnel.

6. L’hôtel particulier de Mr Stipe est au moins aussi glauque que celui de Serge, je répète…

7. Tricky a vraiment du mal à se renouveler et à faire apprécier sa nouvelle musique même si c’est toujours fait avec talent.

8. La période reggae de Gainsbourg est discutable.

9. Gonzales est plus que doué, Feist n’est pas que plus que belle et Dani continue à faire de la musique.

10. Trash Palace a été quand même un projet original que ce soit dans sa sonorité, son imagerie ou son univers porno chic, dommage que l’on n’en parle plus.

11. Concernant Placebo se référer au point 5.

12. The Rakes n’a pas fait qu’une bonne grosse paire de clips et a quand même une dynamisante énergie qui fait bien plaisir.

13. C’est marrant comme le début de cette version de la chanson de slogan, me fait penser au début de Stairway to Heaven...

14. Malus track : Le mannequinat, ce n’était pas si mal.


Treize* banalités, treize petits riens qui résument une époque musicale passée et évoque avec une étrange désuétude (ce mot prend toute son ampleur avec « I Just Came To Tell You That I'm Going ») celle qui se déroule sous nos yeux et dans nos oreilles. Une époque qui finalement nous impose, en fervente admiratrice, l’art d’un homme/artiste.

Gainsbourg en esthète aimait beaucoup de choses et savait apprécier avec son cœur et tout son être. Malheureusement il en attendait autant des autres et tout le monde sait très bien que l’on peut imposer ses idées mais pas ses sentiments et encore moins sa musique, d’autres le font pour lui désormais…

Il fait partie de ces gens qui déchaînent les passions et les débats. De ceux qui profitent d’un système qu’ils exècrent, et qui exècrent ceux qui comme eux en profitent. De ceux qui crachent de gros mollards dorés dans une soupe au champagne. De ceux que certains considèrent comme des génies pendant que d’autres les haïssent avec raisons. Un de ces Artistes, être, humain, que l’on déteste et qui nous le rend bien.

*Ca tombe assez bien que la piste quatorze soit après la piste 13.

 posté par Stéphane le 06/05/2006

Monsieur Gainsbourg revisited Various Artists UK/FR/2006-Barcley
1. A song for Sorry Angel (Franz Ferdinand & Jane Birkin)
2. I love you (me either) (Cat Power & Karen Elson)
3. I just came to tell you that i'm going (Jarvis Cocker & Kid Loco)
4. Requiem for Anna (Portishead)
5. Requiem for a jerk (Faultine, Brian Molko & Françoise Hardy)
6. L'Hôtel (Michael Stipe)
7. Au revoir Emmanuelle (Tricky)
8. Lola R. for ever (Marianne Faithfull & Sly and Robbie)
9. Boomerang 2005 (Gonzales, Feist & Dani)
10. Boy toy (Marc Almond & Trash Palace)
11. The ballad of Melody Nelson (Placebo)
12. Just a man with a job (The Rakes)
13. I call it art (The Kills)
14. Those little things (Carla Bruni)