Une fois n’est pas coutume, le sujet de cette chronique, ne sera pas seulement un disque, un livre, une exposition ou un autre objet artistique critiquable (dans le bon sens du terme). Le sujet de cette chronique sera un instant ; un moment rare passé avec ce que je pourrais définir comme le parfait compagnon du voyageur.
Qui n’a jamais pris un train à grande vitesse (fierté de la France), trop peu de temps après s’être réveillé pour y dormir, et ainsi être contraint de vivre son voyage les yeux collés au pdgv (Paysage Défilant à Grande Vitesse) ou à la population disparates de ce genre de moyens de locomotion ?
Qui n’a jamais pris son IPod (détrônant désormais, l’indétrônable walkman, dans le secteur des termes définissant la musique portable), emmené du travail ou acheté un magazine totalement inconnu pour l’accompagner durant ce moment, interminable pour certains et trop court pour d’autres?
Pour ma part, j’ai découvert en intravenus l’album de l’illustre et inconnu groupe grenoblois( !) Magnolia, l’un de mes compagnons (non humain) préférés de ce genre de moment, celui qui retire à cet instant toute notion temporelle en me faisant évoluer dans une apparente autre échelle de temps.
La première immersion dans cet univers musical à la fois gluant et léger, ne peut laisser de glace. Dense et fragile comme du Bjork ou du Stina Nordenstam, électronique comme du Sneaker Pimps, premier album et violemment austére comme Dancer in the dark (le film) ou la musique de Sigur ros, le disque accompagne l’auditeur dans un voyage onirique et froid au long de ces onze titres pas si simplistes et convenus que ça. Les multiples possibilités d’écoute et les finesses des compositions et des arrangements font montre d’un brio et d’une impressionnante densité et des morceaux tel que Cycolthymic et sa montée de près de 4 minutes englobent et dérangent l’auditeur tout en poussant sa curiosité auditive. Le groupe maîtrise, aussi bien, l’utilisation tout en finesse de l’intrigante mélancolie d’un accordéon (Spoil Frog, Dust et beaucoup d’autre) que les effets numériques et vocaux (impressionnant travail sur Crossed-eyed Cyclops) et est orfèvre dans les ambiances décalées et synthétiques (Addiction et son ambiance piano de vieux bar du Far west). Onze titres étrangement calmes, silencieusement assourdissants et violemment doux…
Il est vrai qu’il n’y a rien de nouveau dans ce disque. Que Intravenus surfe très bien sur une vague electro/triphop typique de la fin des années quatre-vingt dix et arrive un petit peu après la bataille, sur une plage déjà bien remplie. Mais, le plaisir reste le même et l’on apprécie les références, certes quelquefois grossières, de ce disque, parfaite ambiance de ces moments où l’on a assez de temps à perdre pour le gagner à aborder de nouveaux terrains culturels encore inexplorés. Intravenus est le parfait compagnon de ces moments où l’on termine des livres interminables, ces moments où l’on a la rare occasion de se plonger dans le contenu pourtant très intéressant de certains magazines et y découvrir que tel avion à une capacité de près de 1000 personnes, que Ducasse est un rebelle de la cuisine Française ou que, d’après ce test, l’on est une femme totalement superficielle.
Si les grands entrepreneurs musicaux et leur « lounge » galvaudée par des compilations à la limite de l’utile pensaient à aider les handicapés de la musique (c’est pas méchants) en leur fournissant une sélection adaptée à tout genre d'instant de vie, Intravenus serait certainement de la partie aux coté des telepopmusik et autres groupes méritant mieux que ça.
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